If it’s already been done, undo it
20 juin 2009
J’ai rangé mon placard. Troqué la laine et le velours contre les robes légères et colorées. J’ai du mal à me défaire de l’hiver. Du mal à lui dire adieu. Est-ce que tu m’aimeras encore en été ? Je glissais mes bras sous ton manteau et on tremblait en chœur. Je mettais mes mains dans mes poches et j’imitais le pingouin et tu riais. Tu riais fort. Dans la chaleur de ton appartement on enlevait nos vêtements trempés par la pluie et tu aimais voir enfin ce corps caché par les couches infinies de vêtements. Tu n’as jamais vu une fille aussi frileuse que moi.
Puis j’enfilais tes fringues et tu me trouvais ridicule alors tu me déshabillais encore.
Le soleil de mai m’assassine et m’éloigne de toi. Les filles sont en jupe et bronzées. Est-ce que ma peau blanche continuera de t’obséder?
M’aimeras-tu encore les soirs d’été quand la sueur aura envahi nos corps. Me serreras-tu fort malgré la chaleur et les lumières dehors ?
Je serais plus belle que les autres, je serai plus grande. Si tu veux encore de moi.
Si tu veux encore de moi.
Love in the middle of the fire fight
12 mai 2009
Quand j’avais sept ans elle m’a dit je t’aime, je t’aime même si je suis une fille et que tu es une fille. A sept ans elle me faisait des dessins avec des cœurs et elle me regardait sans arrêt. Alors avec mes copines on se moquait d’elle et on refusait qu’elle joue à papa et maman avec nous.
Au tournant de ma douzième année elle m’a dit qu’elle allait faire l’amour. Il se piquait du haut de ses treize ans et elle l’aimait et ils sont allés dans sa chambre et elle n’avait presque pas saigné. Il a passé des mois à l’hôpital, et s’il n’est pas mort aujourd’hui, il est sûrement déjà quelque part d’où l’on ne revient pas.
A treize ans ils m’ont proposé mon premier pétard on est allé sur la voie ferrée puis chez l’un des deux, ils sniffaient du canard wc pendant que je m’enfilais les bières. J’ai passé quatre année près des rails, sans savoir jamais vraiment ce que je faisais là.
A quatorze ans il a changé ma vie, a joué avec mon cœur et l’a brisé. Quatre années durant il m’a empêché d’aimer un autre garçon.
A quinze ans cela faisait trois ans déjà qu’elle me racontait qu’elle se faisait violer. Trois ans qu’elle mentait. Trois ans que je ne faisais rien, partagée entre fascination et effroi. Je découvrais les trous dans ses veines et les raisons de sa maigreur. Aujourd’hui elle a les cheveux roses et je ne lui parle plus.
A seize ans j’observais les autres se détruire devant moi et j’écrivais la déchéance et les corps qui s’écrasent. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Je m’en fous.
A dix-sept ans j’arrêtais les études pour la première fois je ne mangeais plus et je rêvais de départ. J’ai dit adieu à cette vie là. Son ombre vient me hanter, certains jours.
A dix-huit ans je l’ai rencontré du haut de sa normalité il m’a dit je n’ai pas de démon mes cicatrices sont des blessures anciennes. Il m’a dit je t’aime et tes états d’âme ne me fascinent pas je les accepte car ils font partie de toi.
A dix-huit ans j’ai dit je t’aime pour la première fois, j’ai pleuré dans ses bras, je l’ai blessé, je l’ai embrassé. A dix-huit ans j’ai compris que la richesse n’était pas dans le malheur.
A la veille de mes dix-neuf ans j’ai accepté que le bonheur puisse être ma plus grande source d’inspiration. Et si je m’évertue à essayer de détruire ce qu’on a construit lui et moi, son sourire me rappelle que par dessus tout, je préfère vivre avec lui. Vivre tout avec lui. Avec nos quatre majeurs, on emmerde mieux mes démons.
Everytime we live together we just die a bit more
23 janvier 2009
Elle te fera perdre ton temps, ton énergie.
Elle te fera oublier le reste.
Car elle est déjà passée par là.
Elle sucera ton sang, sans se demander si elle t’a aimé. Si elle a déjà aimé avant.
Car elle est déjà passée par là. Et elle ne laissera personne lui faire vivre ça à nouveau.
Tu la suivras à son odeur, elle a des milliers de parfums. Comme un chien, comme un chien.
Tu verras dans ses yeux mille couleurs, elle ne verra rien.
Tu verras dans son corps mille promesses. Elle les exaucera. Pour te laisser ivre, mort, à terre.
Comme un chien, comme un chien.
Car elle est déjà passée par là.
Tu lui diras les mots qu’elle ne veut pas entendre.
Tu la détesteras, elle se détestera. Mais au moins, elle ne passera plus par là.
Your breath is the most beautiful music, Honey
2 janvier 2009
A tes côtés mes mots se perdent. J’ai cru être amoureuse des milliards de fois, Honey, de garçons qui ont traversé ma vie. J’en ai noirci des carnets. Des mots d’amour. Je racontais mon cœur qui battait plus fort ou le manque ou encore leur beauté.
Tu es beau. Tu as un profil parfait. Si je savais dessiner je pense que j’aurais tracé mille fois déjà les contours de ton joli petit nez, j’aurais peint tes lèvres, tes lèvres douces, tes lèvres chaudes.
Je ne sais pas dessiner.
A tes côtés mes mots se perdent et les tiens se délient. Je me sens reine. Mon palais est fait de tes je t’aime mon trône des tu es belle. Tu les ravales, Honey, tu les ravales et tout s’écroule. Ma robe dans la boue, mon cœur dans la pierre.
Si je savais chanter, ce serait tes soupirs.
Je ne veux pas te faire ça. Je veux que tu te rappelles toujours mon regard. Je veux que tu vois dans mes yeux toutes ces choses que je ne dis pas. Si tes mots sont un royaume, Honey, les miens sont une prison.
Si je savais parler, ce serait de la douceur de tes bras et du temps qui passe vite ou qui ne passe pas.
Si je savais écrire, Honey, ce serait des poèmes incroyables qui feraient pleurer le plus insensible des hommes, ce serait des romans d’aventures deux êtres qui se regardent et qui se perdent.
Je ne veux plus de tout ça. Je ne veux plus des mots qui font perdre leur sens aux émotions. Tant pis si ça ne ressemble pas à tout ce qu’on a vu.
Si je savais danser, ce serait au rythme de ton coeur.
I feel your burning eyes
27 novembre 2008
Je fais glisser la ficelle entre mes doigts. La laine caresse doucement mes phalanges, serpente, s’enroule, s’emmêle. J’ai tout perdu.
Je fais un nœud et me rappelle le jour où je t’avais montré fièrement comment faire une étoile avec un élastique. Tu le passes entre ton pouce et ton index, tu le saisis, l’enroules, tournes. Je me rappelle le manque d’habileté de tes doigts. Tes doigts arqués, tes doigts ensanglantés, tes doigts immobiles, tes ongles rongés.
Je me souviens de la pluie qui caressait la fenêtre. Je sens l’intensité de l’orage ce soir.
Je déteste la pluie. Elle a un goût de mort. Je ne veux pas t’effacer, je ne veux pas t’oublier.
Je déteste la pluie. Je déteste l’orage.
La laine finit par me blesser, user mes doigts, les brûler. J’ai tout perdu. Ce soir. Et la pluie continue de tomber. Je déteste la pluie.
J’ai réduit ton pull en un amas de ficelles. J’ai tiré sur ce bout qui dépassait du col, j’ai senti les mailles se défaire, ce petit choc chaque fois qu’un noeud se délassait.
Je jetterais bien toute cette laine à la pluie. Qu’elle la dévore. Mais je sais qu’en sortant demain je la retrouverai par terre, trempée, pitoyable. Toujours là. J’ai tout perdu.
Et la pluie efface mes pensées. Efface tes mots tracés sur la fenêtre. Efface tes pas sur les pavés.
Je sais que demain je me réveillerai. Et cette pensée m’obsède.
Je sais que demain la pluie aura cessé. Et ça ne me rend pas plus heureuse.
Je crois que je ne serai jamais plus heureuse.