Frontière ta mère

19 décembre 2007

Il est 9h54 et je suis contente et j’ai une envie presque insurmontale d’aller aux toilettes.
Le clavier de son ordinateur portable est doux et ces draps ne sont pas les miens. Dehors le froid et les lycéens lyonnais qui discutent dans la rue.
Leur souffle me retient d’aller dans leur chambre et de soulager ma vessie. Ils dorment et je suis apaisée.
Le sel trône encore sur la table, trophée d’une succession d’orgies culinaires.
La vie ce n’est pas ça. Ce n’est pas se lever à 8 heures dans des draps étrangers sans pouvoir aller aux toilettes, ce n’est pas vivre ailleurs, presque coupée du monde, sans allumer de réveil et dépenser ses sous dans les glaces ou les vêtements.
Mais ces moments sont d’une incroyable douceur.
Alors voilà pour me soulager il aura fallu que je sois complètement déscolarisée. Mais je ne suis pas fière de cet état stationnaire. Je sais que l’euphorie laissera place à l’ennui et enfin à la lassitude. J’essaierai de ne pas m’enfoncer là-dedans.

Cyril a dû arriver dans la chaleur niçoise. Un peu de repos avant le retour dans sa vie agitée. Demain je prends le train direction Aix et j’aimerais qu’il neige. Dernières courses de Noël avant le retour au bercail. Je revois mes cousins ma famille, ma Cécile d’amûûûr. Jour de l’an et visitation des 812 bientôt je l’espère.

Je suis obsédée par ce nombre. 299 792 458. Je voudrais vivre à cette vitesse. Créer des élipses. M’éclipser quelques jours et revenir, pas plus vieille, dans un monde qui m’aura cru partie des années auparavant.
Je voudrais être la lumière qui ne s’éteint jamais, qui se déplace et porte en elle ces quelques 299 792 458.

Je ne sais plus aujourd’hui ce qui pourrait empêcher ma folie. Si, je le sais, mais j’ai peur que ce soit hors de portée.

Je m’en retourne dans ces draps inconnus attendant le réveil de ces deux énergumènes en priant je-ne-sais-qui d’empêcher ma vessie d’exploser.

Amen.

Every possible mistake

6 décembre 2007

Quand je ferme les yeux je vois un flingue qui tire dans toutes les parties de mon corps. Je le pointe sur chaque parcelle et je vois la chair se déchirer et le sang gicler un peu partout. Ca ne me fait pas mal. Non, ça me soulage.

Si j’avais su que partir me mettrait dans un tel état je crois que je serais restée. J’étais comme une marionette inerte soutenue seulement par des mains inconnues. Ses mains j’ai craché dessus je les ai griffées jusqu’à ce qu’elles lâchent prise. Maintenant je traîne sur le sol, j’essaie de faire bonne figure devant les gens qui me regardent mais je ne suis qu’une boule de chiffon piétinée et salie. Seule.

Dans ma tête c’est vide et creux et tout ce que j’arrive à penser c’est diverses façons de mourir alors qu’en fait je n’ai même pas envie de mourir.
Refaire ma chambre fouiller dans les cartons, un vrai pas en arrière. Revoir ce garçon qui a passé onze avec moi, à me faire rire, à se moquer de moi, à m’apprendre comment programmer un ordinateur, à me donner le goût de l’anglais, à me jeter toute habillée dans la piscine, à faire du vélo dans la guarrigue avec moi, à m’engueuler quand je ne connaissais pas mes formules de maths, à toujours me dire les bonnes choses à faire tout en sachant que je ne l’écouterais pas, mais le dire quand même. Le revoir, un vrai pas en arrière.
Passer des heures au téléphone avec cette fille qui a vécu quinze ans avec moi, qui a fait mon éducation, qui m’a donné du goût, qui m’a supportée, qui m’a fait les pires crasses du monde mais qui me pousse à l’aimer quand même, qui m’a donné le goût du cinéma, qui m’a appris à faire mes lassets un beau matin, qui a éveillé mon humour à toute sorte de Monthy Python et autres joyeuseries, cette fille à l’humour le plus dévastateur avec qui je pourrais parler pendant des heures rien que pour aligner les conneries, qui est belle et intelligente, cette fille qui m’aurait fait tuer cet homme qui la faisait pleurer, qui pourrait passer trois heures à hésiter entre deux plats, entre deux métiers, entre deux mecs. Passer des heures avec elle au téléphone, un vrai pas en arrière.
Passer deux jours avec la femme la plus grande du monde, capable de faire rire un régiment, mais aussi de le soutenir, franche, honnête, forte, drôle drôle et drôle, douce, intelligente, admirable. Passer deux jours avec cette femme, un vrai pas en arrière.

Alors maintenant j’ai reculé de quatre pas et quand j’ouvre les yeux je vois une maison vide, dans laquelle je traîne ma lourdeur, couverte de photos et de souvenirs, si vide que je dois la remplir. De cauchemars, de vrais cauchemars.
Je l’en fous de régresser, la sensation est tellement douce.