Drink up baby
29 février 2008
J’en ai marre de ces gens qui débarquent de je-ne-sais où et qui déchirent mon estomac et qui me font rompre tout contact avec la réalité ces gens sans âges et sans visage ces lettres et ces chiffres et qui me font voir mille couleurs avant de me laisser vide explosée au sol.
La tête explosée le ventre explosé le cœur en lambeaux. J’en ai marre des mots qui rentrent dans ma tête et qui n’en sortent jamais j’ai envie de hurler au monde regarde ce que tu as fait de moi regarde j’avais treize ans j’avais treize ans putain et je passais mes vendredi midi à m’exploser la tronche et on revenait déchirés en cours de musique et on faisait des trucs bizarres avec nos flûtes et puis on allait en sport et y’avait lutte et Manu s’est cassé le petit doigt et regarde son doigt il n’a jamais désenflé, comme ma rancœur comme ma mélancolie comme ma flemme, comme ces mots qui rentrent dans ma tête et me déchirent et me hantent. Regarde putain j’en ai dix-sept aujourd’hui et je me retiens de toutes mes forces de toutes mes forces de toutes mes larmes de pas me déchirer tous les soirs au bord de ma fenêtre d’où je vois le monde. J’avais treize ans et j’apportais de la vodka à mes copains dans une bouteille d’eau et on la buvait à la récré et on riait si c’est pas pathétique et aujourd’hui j’en ai dix-sept et j’ai envie de crier et pourtant j’écris et j’ai envie de pleurer et pourtant j’ai les yeux fixés à cet écran et j’ai envie de chanter mais cette écharpe m’étrangle et j’ai envie d’avancer et pourtant j’ai abandonné la prépa et la fac et mes rêves et j’écris sans ponctuation c’est mon côté Sarah Kane et peut-être même que comme elle je finirai par me pendre avec mes lacets j’écris sans ponctuation parce que c’est comme ça que ça se passe dans ma tête là-dedans y’a pas de points y’a pas de virgules y’a pas de pauses ça rentre ça s’accumule et ça reste jusqu’à ce que je vomisse tout sur le papier et sans pitié y’a pas de points y’a même pas de lignes les mots ils montent et ils descendent et ils hurlent et ils n’ont aucun sens.
Ce soir je vomis sur le papier et ça n’a aucun sens.
(Your) beauty mark(s) aka. Comment faire du vieux avec du neuf et du neuf avec du vieux
22 février 2008
Peut-être parce qu’il est beau, que je le vois souvent sans qu’il me soit adressé, sans même que tu sois là.
Parce que je sais chaque fois que tu as envie de rire et que tu te retiens. Je sais ce que tu penses. Je sais ton humour, je sais ton passé, je sais tes choix. Je sais tes goûts et je sais combien nous étions proches.
Je sais que tu as pris une autre voie. Je sais quand tu me regardes et que tu regrettes.
Mais je sais que ce pincement au coeur, ce sentiment que tu avais oublié et qui ressurgit à chaque fois que l’on se croise, te fait sourire et c’est tout. Ton sourire. Un sourire et tu oublies.
C’est peut-être que pour toi tout s’est arrêté là.
Peut-être parce que tu sais aller de l’avant, faire des choix et les assumer.
Peut-être parce que moi je n’ai pas choisi.
Peut-être parce que je n’ai pas su faire le deuil complètement.
Et ce n’est pas parce qu’aujourd’hui mon coeur crève quand je te vois, non, c’est pas pour ça que je m’arrêterai. J’irai de l’avant. Sans assumer. Mais j’avancerai. La tête baissée, les yeux clos. Et je me cognerai partout où j’irai. Couverte d’ecchymoses je serai le zombie que j’étais avant. Et ton sourire partout où je passe. Et je me couvrirai d’illusions et je chanterai et je ferai comme si de rien.
C’est peut-être parce qu’on s’est toujours menti. Toi comme moi.
Peut-être parce que moi je t’aimais un petit peu plus et toi un petit peu moins.
Peut-être pour ça que je rêve et que je saigne et que tu avances.
Mais tu ne sais pas les chaînes de velours que tu as glissé sur mes chevilles. Tu ne sais pas combien leur caresse me brûle.
Tu ne sais pas que ce qui n’est qu’un souvenir est pour moi l’enfer.
Tu ne vois pas le fil sur lequel j’avance aujourd’hui. Le foulard que tu as posé sur mes yeux.
Un funambule du souvenir. Moi je lutte et toi ce cirque te fait rire. Mais tu as oublié que derrière la performance se cache la souffrance.
Et j’ai avancé des années durant sur ce fil les yeux bandés. J’ai lutté tant bien que mal pour ne pas tomber, pour ignorer le vide autour de moi. Et je ne suis pas tombée. Et ça je ne le dois qu’à moi. J’ai su oublier ma cécité en réinventant. J’ai choisi les couleurs et j’ai dessiné les contours.
J’ai su m’amuser dans ce monde. Mon monde. J’ai su oublier le fil sous mes pieds prêt à céder.
Puis le bandeau a glissé. J’ai vu la lumière. Et sans jamais être éblouie j’ai redécouvert le monde. J’ai du oublier le mien. Je n’ai plus chanté, je n’ai plus dansé, je n’ai plus écrit. Mais j’étais vivante enfin. Tu n’étais plus là. Dans le monde, dans le vrai, je te voyais et mon coeur ne s’agitait plus. Et je croyais être heureuse.
Mais le bandeau a glissé un peu trop. Et maintenant il me serre la gorge.
Et ces images qui défilent c’est comme si je voyais la mort en face.
Et chaque mot qui sort de ta bouche se confond. Chaque mot, chaque cran, chaque fois que tu parles le foulard se ressert. Et chaque fois que ton visage s’approche du mien et que tu poses ta main sur mon épaule, je crois sentir tes ongles rongés s’enfoncer un peu plus. Et la sensation atroce qu’ils poussent sous ma peau et la déchirent se fait de plus en plus vive.
Et mon corps entier n’est que brûlures et cicatrices. Et si je le traîne encore c’est dans l’espoir de l’apercevoir.
Lui, ton sourire.
Et mes yeux se referment. Et mon imaginaire fait le reste. J’oublie le fil, j’oublie la pression sur ma gorge, je suffoque en silence.
Et je sais chaque fois que tu ris. Je sais chaque film que tu vois et chaque musique que tu entends. Je sais combien ils te transforment, je sais combien ils t’enveloppent. Je sais qu’il n’y a que moi qui peut deviner ses formes, cette bulle.
Je sais chaque fois que tu ne penses pas à moi.
C’est moi qui dessine. A nouveau.
Les jours tristes
16 février 2008
La ballade de M. & A.
13 février 2008
Le tombeau des lucioles. L’amour d’un frère pour sa sœur. Comment survivre quand plus personne n’a besoin de vous.
Puis le départ à Nice. Tout ce que j’avais appris cette dernière année montpelliéraine fera ma différence. Je viens d’ailleurs et je jure de détester à tout jamais cette vie azuréenne. Je ne ressemble pas à ces filles. Je fais de l’allemand, j’ai arrêté d’écouter Larusso et mes pantalons sont troués. J’ai un humour obscur. Je pleure chaque fois que je retourne à Montpellier. J’ai une chambre à moi où je découvre l’écriture et le trip-hop. J’écoute Balavoine avec ma sœur. La mauvaise éducation, Almodovar et Allen. Tim Burton. Je refuse de revoir Edward aux mains d’argent. Il m’avait traumatisée et je ne veux pas perdre ça. Le français, les rédactions. Mes cahiers gribouillés. Les histoires qui envahissent ma tête. Les vendredi après-midi sur la voie ferrée. Nyz, Clem, Claire et Réda. La mort, le vice. Planer. Old Boy. Clint Eastwood.
21 grammes. Benicio del Toro. Ma sœur qui s’en va. Le hip hop. La guitare.
Grandir. Envahie. Les images. Le bruit. Pépite qui rêve comme moi.
La soul.
Le jazz, un peu trop tard. Chaplin. Je rêve d’aller à New-York pour voir des vieux films dans des cinémas qui sentent le moisi.
Bela Lugosi et les séries B. Mes carnets noircis. Ma tête envahie.
La tristesse. La lenteur. Paumée, perdue.
La prépa. Les vacances. Paris. L’ivresse.
Le vertige d’une vie trop petite pour des rêves trop grands.
Je me rappelle de tout ça.
Je réalise que j’aime le cinéma pour ses ellipses. Pour ses héros dont on connaît déjà la fin.
Je rêve d’ellipses dans ma vie.
Je ne suis pas capable d’affronter les obstacles qui mènent à mes rêves. Je voudrais être demain sans jamais perdre aujourd’hui.
Je voudrais. Arrêter. Etre quelqu’un d’autre. Ne pas rêver. Avoir du talent.
Je ne supporte pas les fautes d’orthographe mais j’emploie les mots à mauvais escient. Je voudrais être grande mais je n’accepte pas qu’il faille d’abord être petite. Je rêve d’avant tout en voulant demain. Je me contredis tant et tant qu’au final je ne suis rien. Je m’annule.
Portland, Oregon
12 février 2008
Il m’a dit montre moi ce que tu écoutes.

Il est arrivé avec ses grands yeux clairs et ses belles lèvres et il m’a dit montre moi ce que tu écoutes. Il m’a dit j’aime ce que tu chantais tout à l’heure, j’aime tout ce que tu as chanté, alors montre moi ce que tu écoutes. Et moi j’étais là avec mes cernes et mes doigts rongés et je lui ai souri. Je lui ai tendu mon vieil Archos et je savais très bien qu’il verrait le sang sur mes doigts, je savais très bien qu’il verrait ces ongles horribles. Mais il m’a dit montre moi ce que tu écoutes et moi tout ce que je pouvais faire c’était lui sourire et lui tendre mon vieil Archos. Alors je n’ai pas cherché à cacher mes doigts. Je lui ai tendu mon vieil Archos de mes doigts immondes et ça voulait dire prends moi, prends moi comme je suis, prends moi toute entière, regarde, regarde comme je m’offre à toi, regarde mes doigts, regarde mes cernes, regarde moi, merde.
Il m’a dit montre moi ce que tu écoutes alors moi je lui ai tendu mon vieil Archos et j’ai souri et je me suis offerte à lui et je lui ai dit je te prête mon meilleur ami, je te prête celui qui a partagé les moments les plus intimes de ma vie, celui sur lequel j’ai pleuré, celui qui détient mes secrets les plus profonds, je te prête mon vieil Archos, mais sache que tu pourras trouver des chansons que tu aimes et d’autres qui te feront porter des jugements sur moi, mais tu ne peux pas savoir. Ces chansons représentent pour moi ce qu’elles ne représenteront jamais pour toi. Alors prends en soin.
Et il n’a même pas regardé mes doigts ensanglantés et m’a dit il existait deux mondes avant que je t’entende chanter, il existait deux monde, le tien et le mien. Il y avait tes chansons et les miennes. Il y avait tes beaux yeux et le regard qu’ils portaient sur ton monde et il y avait mes yeux sombres qui pleuraient sur le mien. Mais je t’ai entendue chanter et je ne peux pas dire que j’ai aimé ta voix. Mais je t’ai vue chanter dans ce bus sans te soucier des gens, et maintenant que je regarde ton vieil Archos je vois des chansons que j’aime et d’autres qui pourraient me faire porter des jugements sur toi, mais je crois savoir. Ces chansons représentent la même chose pour nous deux aujourd’hui. Ca représente toi et moi et ce monde que l’on vient de créer. Je te donne ce CD. Ecoute le, à l’envers, à l’endroit. Ecoute le et je l’écouterai aussi.
Et puis il est parti. Le bus s’est arrêté à Masséna ou à Portland je ne sais plus. Le bus s’est arrêté et il est descendu. Il m’a dit montre moi ce que tu écoutes et moi je lui ai offert tout ce que j’avais, mes plus grands secrets, mes plus beaux sourires, et je lui ai montré mon vieil Archos et il m’a dit des choses et il m’a donné ce CD qui s’écoute à l’envers et à l’endroit et il est descendu à Masséna ou à Portland, et il s’est noyé là-bas.
Et moi j’écoute Pullhair Rubeye à l’envers et à l’endroit et j’oublie que je tombe toujours amoureuse de ceux qui s’en vont. J’écoute Avey Tare et Kría Brekkan chanter à l’envers et à l’endroit et je me dis qu’un jour, j’arrêterai de m’entourer de ceux qui m’indiffèrent. Et que je partirai à Masséna ou à Portland à l’envers ou à l’endroit avec ceux qui s’en vont.

