T’as mis ton tablier et
Les yeux dans le vague et
J’ai cassé un verre et
Tu n’as pas ri puis
Tu m’as demandé s’ils ne m’emmerdaient pas trop et
J’ai répondu non comme
Toujours qu’est-ce que tu veux
Ton sourire à la Carter et ton nez à la Carter et tes yeux à la Carter
Moi je fonds et pourtant
Tu m’as demandé mon numéro et
J’ai répondu non.

Dans un coin un pot de fleur. Toujours le même film à la télévision. Elle dort, la tête posée sur la table, un verre à moitié vide. Elle n’a jamais pu voir la fin.

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On ne sait plus si elle a ri ou si elle a pleuré

On ne sait plus rien.

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Dehors, la pluie. Les gouttes s’écrasent contre la vitre, elle dort. Les gouttes s’écrasent contre la vitre puis font la course.

Le même film à la télé dont elle n’a jamais pu voir la fin. Ou la même émission. On ne sait plus.

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On ne sait plus rien

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On ne sait plus rien.

Chapitre II : Bretagne

On ne sait plus rien. Il y a cette lampe brisée par terre dont je n’ai pas ramassé les bouts de verre. Quand t’es parti t’as fermé la porte à clé comme si t’enfermais tes souvenirs dans un coffre comme si j’étais pas restée derrière mais je suis bien là pauvre cloche bien sonnée

j’aimerais bien m’endormir me réveiller dans tes draps me réveiller dans tes bras les jours de pluie courir dehors jusqu’à ce qu’on tombe trempés à en mourir éventrer le ciel de nos rires se retrouver autour d’une crêpe ou d’un café les yeux encore mouillés et se demander ce qu’on pourra bien faire quand le ciel sera découvert quand les premiers rayons rescapés révèleront la beauté des rues lavées des gens sauvées du temps encore vierges de toute humanité comme un réveil une deuxième naissance après l’apocalypse et nous seuls survivants redécouvrir comme c’était beau la vie revenir au port imaginer ces hommes un peu trop seuls partir sur la mer vers nulle part et croire qu’elle est leur seule amie maîtresse cruelle et infidèle revenir au port qu’on a déjà trop vu courir à marée basse le plus loin vers l’horizon -le monde est à nous- et quand l’eau remonte faire la course avec la marée et la perdre comme à chaque fois faire le chemin inverse en oubliant d’avoir froid en oubliant d’avoir peur en oubliant qu’on est trop vieux pour ça croiser des petites gueules d’ange t’entendre dire que t’en voudrais cent leur apprendre le piano et le violon leur faire découvrir le monde les mener en bateau en faire des petits Bretons clamant l’indépendance des petits salés beaux à croquer et moi qui plains mon pauvre ventre qui devra porter cette armée de petits soldats rentrer enfin sans même se changer les cheveux mouillés toi caresse ton piano qui me fait pleurer tellement c’est beau oublier même de manger regarder ces badauds dehors le corps lourd le cœur triste eux qui ne savent pas que la vie c’est une course avec la pluie avec la mer avec une mélodie.

Une course contre nous-même.

Une lutte perdue d’avance puisqu’il y a des coffres qui se ferment des lampes brisées des jours sans pluie et des villes loin de la mer