Alessandro Baricco. Merci.

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J’ai envie de te dire Achtung, boy, j’ai décidé d’être une grosse pute et tout. Je vais être méchante, t’arracher tes yeux ta bouche tes fringues je vais t’arracher la gueule et t’en auras marre de moi et tu vas m’appeler tous les soirs et me dire que t’aimerais bien me voir et tout et moi je te dirai No way kid, je suis pas là ou encore j’ai pas envie mais je te parlerai pendant des heures, parce que c’est ce dont j’ai besoin. Tu seras mon passe temps pendant que je chercherai en vain un mec bien.

Et sinon rien à voir mais Monsieur M après m’avoir bien fait rire se moque de mon prétendu bronzage mais oui monsieur, j’ai bronzé même si ça se voit pas.

Et en plus on me harcèle pour boire l’apéro mais j’ai passé ma semaine à ça boire du vin à 10h30 avec mes fameux collègues puis remettre ça le soir en écoutant Bashung et dormir avec la tête qui tourne. Et encore faut que je boive l’apéro en mangeant des pizzas et en voyant un film mon dieu que ma vie est dure manque plus qu’un gros je me comprends assise sur l’herbe en chantant des chansons pourrites avec mes gentils amis et je pourrai mourir.

J’ai besoin de dormir, pinaise, et arrêter de dire arschlore à tout bout de champ et arrêter de dire des bêtises et arrêter de penser.

J’adore recevoir des coups de fils comme ça et apprendre plein de gossip c’est rigolo j’ai des amis merveilleux qui te disent ich liebe dich avec un superbe accent comme ça gratos et qui te disent “Spoted : J. and J. getting a fucking Big Mac” et hihi ça va être trop chouette tip top cool demain quand je vais les harceler de questions genre t’as pris des frites et toi J. t’as kiffé son… euh ton steak pardon et mouarf j’ai hâte

Et sinon y’a deux jours j’ai vu Bashung en concert en plein air en buvant du vin (tiens c’est original) et en gueulant et j’ai subi Hubert Felix Thieffaine bouh je le hais ils étaient marrant avec Paul Personne à jouer les Johnny avec leurs T-Shirt tête de mort j’avoue avoir été super bluffée par Personne parce qu’il joue de la guitare incroyablement bien mais je déteste déteste déteste Thieffaine et ses textes m’ont bien fait marré quand même genre “ton soleil s’est noyé dans un ghetto de pluie” et il parle de sperme moisi alors je me suis demandé toute la soirée sans oser le demander si le sperme pouvait vraiment moisir et en me disant que si j’étais un garçon je ferais tout un tas d’expériences rigolotes.

Nice est froide même en été les rues transpirent de gens sans sourire et sans âme des corps bronzés qui vagabondent. Je laisse s’éteindre les deux-mille-cinq-cent-cinquante-cinq soleils qui m’ont tenue éveillée depuis que je vis ici je laisse crever les paires d’yeux qui m’ont déshabillée/jugée/désirée/haïe/assassinée/affaiblie/ému/intimidée j’abandonne les lèvres qui m’ont embrassée et pas toujours dit je t’aime je laisse s’évanouir les effluves de socca de pissaladière d’alcool de poussière d’essence de crottes de chiens je laisse la mer recouvrir d’écume les galets que je ne piétinerai plus – POINT – Je laisse aux rues trop étroites et colorées de la vieille ville le souvenir de mes venues en robe en jean troué en pull en laine et manteau en salopette sourire aux lèvres ou larmes à l’oeil je lui laisse mes fous rires et mes lamentations et merci pour les glaces et les crêpes et les photos et les Monaco le soir dans les bars. Je dis au revoir aux badauds à leur fenêtre et aux touristes devant les portes fumez bien vos cigarettes merci bien ne me souriez pas. Je laisse non sans regret les études inutiles et gâchées vous me manquerez cours séchés et fous rires en classe gaufres au nutella et les cigarettes écrasées dans des lavabos jamais lavés.
Je pleure de te voir si triste, Nice, sous ton soleil c’est la mort qui respire et ne m’en veux pas de t’avoir toujours rejetée et de t’avoir toujours fui d’avoir rêvé mille fois de prendre le train après avoir fumé ma vie sur les rails.
Tout ce que je veux aujourd’hui c’est me réchauffer dans la fumée et ses bras te voir de haut, admirer tes couleurs dans le froid et sous la pluie dominer ton béton et ta laideur allongée dans l’herbe et voir ta mer danser, de loin.

Equus

16 juillet 2008

Quand je bois du champagne rosé avec toi sous un soleil terrible et que mes mains commencent à trembler

Et quand tu me sers un verre, deux verres, trois verres de vin toujours rosé et que je ne refuse pas, jamais -jamais je ne refuse tu vois bien-

Et qu’alors ma tête se met à tourner et que je me mets à rire pour un rien

Et même si tu ne me plais pas tant que ça, et même si tu es vieux, et même si mon frère à ton âge se marie

Je t’en prie plonge tes yeux bleus et beaux et tendres dans mes yeux noirs et fais moi danser et chuchote moi des mots idiots dans l’oreille

Je t’en prie prends moi la main et courons, et tant pis si l’on trébuche, prends moi la main et cachons nous dans ta bagnole et embrasse moi

Fais moi boire encore et embrasse moi