Passer des journées entières avec toi et me forcer à ne pas te toucher et me surprendre à te frôler en m’excusant déjà d’être aussi bête et maladroite et regarder droit dans tes yeux -noirs noirs noirs- et me sentir mal très mal en te voyant t’éloigner et me dire que je suis bête et que lundi -lundi c’est tout proche- que lundi je te serrai dans mes bras et si tu m’embrasses je te promets de t’embrasser en retour sans jamais plus me soucier de son sourire qui nous guette et qui m’attire et m’empêche de te tenir la main heure après heure dans les couloirs.


Manu m’a toujours fait rire depuis mes 11 ans jusqu’à aujourd’hui.
Manu a toujours su résoudre les problèmes de maths qui me retournaient le cerveau et jamais apprécié que je lui corrige ses fautes d’orthographe. Je l’ai vu passer du stade d’enfant à adolescent et à presque homme. Manu a toujours alimenté nos débats en me vantant les mérites de ses bouquins de crotte tandis que j’essayais de le convaincre d’aller voir le dernier film roumain sous-titré en tchèque dans mon petit cinéma préféré.

Il adorait cacher des choses dans ma chevelure foisonnante et moi je me faisais un malin plaisir à lui dire qu’il avait un gros cul.
Manu a partagé de longues heures avec moi à raconter des bêtises et à rigoler comme une loutre quand je lui narrais les aventures amoureuses de notre prof avec le laborantin sosie officiel de Freddy Mercury.

Je me surprends chaque soir à parler avec lui de mes histoires amoureuses.
Je me surprends à chaque moment de blues à aller vers lui en sachant qu’il me sortira la chose la plus drôle qui me remettra d’aplomb.
Je me surprends à vouloir l’appeler dès qu’une chose incroyable arrive ou quand je pense à des trucs bizarres que seul son sens de l’humour chelou peut décrypter.

Manu a toujours lu et aimé ça et se moquait de cet amour que j’ai pour l’écriture et se moquait des cours de français et dénigrait la littérature car il ne pouvait pas se l’avouer. Il ne veut pas s’avouer que sa place est là.

Manu trouve le temps long sur les chaises de sa prépa il voit les formules mathématiques défiler sous ses yeux, la physique et savoure sans savoir pourquoi les rares cours de philo. Il voit les mots comme des suites logiques d’évènements et voit les maths comme des lettres un peu trop ordonnées.
Manu se dit qu’il est jeune et sait qu’il arrivera dans une bonne école, mais n’y rêve pas vraiment.

Manu fait ce qu’on lui dit de faire car les gens ne comprennent pas. Ils le voient comme la constante alors qu’il est l’inconnue. Il est le x qui peut être tout et rien à la fois.
Manu déteste quand je lui dis de penser à ce qu’il veut être. Manu déteste quand il faut parler de lui. Manu détesterait s’avouer qu’il s’est trompé.

Manu me fascine et me dérange et me soutient sans le savoir vraiment. Manu a tord. Pas assez souvent pourtant.

Je t’emmerde toi et tes sarcasmes
Je t’emmerde toi du haut de tes 1m80
Je t’emmerde toi perché sur des jambes grandes comme des montagnes et qui me regarde de haut de si haut
Je vous emmerde toi et ta façon de ma saisir par l’épaule et de me faire sentir comme ta chaleur est douce et réconfortante
Je t’emmerde toi
Comme j’emmerde ces pensées que tu hantes que tu empoisonnes
Je vous emmerde toi et ton sourire parfait et ta bouche
Je l’emmerde ton humour
Je vous emmerde toi et le don que tu as de me faire rire quoi qu’il arrive
Je t’emmerde toi et ton habileté à me rendre heureuse
Je t’emmerde toi et toutes ces choses que nous avons vécues
Mais surtout j’emmerde ces choses que j’espérais et que tu ne sembles pas pouvoir m’offrir
Je vous emmerde toi et ta musique et ta voiture et tes amis
Je t’emmerde toi et ton sujet unique : l’humour, l’humour, l’humour
J’emmerde tes vannes ta pudeur tes beaux yeux tes sous-entendus et tes pas en arrière je vous emmerde et surtout je t’emmerde toi qui veut me faire croire que tu donnes, alors que rien, jamais rien tu ne partages