I feel your burning eyes

27 novembre 2008

Je fais glisser la ficelle entre mes doigts. La laine caresse doucement mes phalanges, serpente, s’enroule, s’emmêle. J’ai tout perdu.
Je fais un nœud et me rappelle le jour où je t’avais montré fièrement comment faire une étoile avec un élastique. Tu le passes entre ton pouce et ton index, tu le saisis, l’enroules, tournes. Je me rappelle le manque d’habileté de tes doigts. Tes doigts arqués, tes doigts ensanglantés, tes doigts immobiles, tes ongles rongés.
Je me souviens de la pluie qui caressait la fenêtre. Je sens l’intensité de l’orage ce soir.
Je déteste la pluie. Elle a un goût de mort. Je ne veux pas t’effacer, je ne veux pas t’oublier.
Je déteste la pluie. Je déteste l’orage.
La laine finit par me blesser, user mes doigts, les brûler. J’ai tout perdu. Ce soir. Et la pluie continue de tomber. Je déteste la pluie.
J’ai réduit ton pull en un amas de ficelles. J’ai tiré sur ce bout qui dépassait du col, j’ai senti les mailles se défaire, ce petit choc chaque fois qu’un noeud se délassait.
Je jetterais bien toute cette laine à la pluie. Qu’elle la dévore. Mais je sais qu’en sortant demain je la retrouverai par terre, trempée, pitoyable. Toujours là. J’ai tout perdu.
Et la pluie efface mes pensées. Efface tes mots tracés sur la fenêtre. Efface tes pas sur les pavés.
Je sais que demain je me réveillerai. Et cette pensée m’obsède.
Je sais que demain la pluie aura cessé. Et ça ne me rend pas plus heureuse.
Je crois que je ne serai jamais plus heureuse.

Leave a Reply